L’œil du sphinx

En été, beaucoup d’insectes nocturnes profitent de la chaleur crépusculaire pour sortir de leur cachette. Une lampe oubliée sur la terrasse attire rapidement des visiteurs, tous fascinés par cette source de lumière qui paraît tellement plus intense que celle des étoiles. Des teintes inattendues colorent parfois ces animaux de l’obscurité. Parmi eux, le petit sphinx de la vigne fait sensation avec sa tenue de soirée rose-vif.

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Ses énormes yeux bombés semblent vous fixer. Mais à défaut de véritables pupilles, ils sont composés en réalité de 18000 ou 20000 facettes. Chacune est comme un œil miniature capable de capter la lumière, les ultraviolets, les mouvements mais aussi le rayonnement infra-rouge. Plus elles sont nombreuses, plus la vue est performante et adaptée à la faible luminosité.

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Quant à savoir si notre superbe papillon perçoit la couleur éclatante de ses congénères, mystère ! Car la couleur rouge apparaîtrait plutôt noire charbon aux yeux de la plupart des sphinx.

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La fleur de terre

Une délicate plante pousse entre les pieds de pomme-de-terre.  Une mauvaise herbe ? Non, dans notre potager, elle est la bienvenue. Ses feuilles vert-cendré, fines et découpées comme celles du persil, semblent sortir de terre telles des volutes de brouillard au petit matin. Voilà qui a inspiré les botanistes pour lui donner son nom de fumeterre officinale. Elle a longtemps été surnommée « fleur de terre » car on croyait qu’elle apparaissait du sol sans même provenir d’une graine. Une plante magique !

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La plante annuelle s’élance à l’assaut du monde en s’appuyant un peu sur ses voisines. Rien qui ne perturbera le bon développement de nos légumes. À l’arrière de chacune de ses étranges fleurs mauves et allongées, on remarque une petite bosse curieusement arrondie. Le coffre aux trésors ! C’est en effet ici, dans l’éperon que se cache le nectar tant recherché par les insectes pollinisateurs. Bientôt, de petits fruits en forme de boules délivreront une nouvelle génération de graines prêtes à germer quand le sol sera de nouveau remué.

Fumeterre officinal en fleur- David Melbeck

Les chaussettes du renard

Beaucoup de mammifères sauvages utilisent davantage le flair et l’ouïe plutôt que la vue. Leurs yeux n’ont pas la capacité de distinguer autant de couleurs que nous, même s’ils sont plus efficaces à faible luminosité.

renard au loin-chemin-David Melbeck

Il suffit parfois d’être habillé de vêtements aux tons neutres pour les surprendre même au beau milieu d’un chemin forestier. Debout avec un vent de face, immobile et silencieux, j’ai laissé approcher ce renard en maraude jusqu’à moins de dix mètres de moi. Le temps d’admirer ses drôles de chaussettes noires ! Puis il s’est demandé ce que j’étais… Méfiant, le goupil a fini par faire demi-tour pour emprunter un autre sentier.

Renard-chemin- David Melbeck

Grands mars et petits plats…

Posé sur la route forestière, un grand mars changeant prend un dernier repas avant la nuit. Tel un vieux coucou, ce grand papillon possède déjà pas mal d’heures de vol au compteur. Ses ailes plus ternes et abîmées en témoignent.

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C’est une vieille femelle qui habituellement vit plus discrètement à la cime des arbres. Elle pond ses œufs uniquement sur les feuilles de saules ou de peupliers. Sa longue langue enroulée au repos ne lui est d’aucune utilité pour collecter du nectar.

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Car comme tous ceux de son espèce, elle préfère les sels minéraux, les crottes, la sueur et les charognes aux délicates fleurs… La preuve en image avec ce mâle qui met les pieds dans le plat, d’autant que ces pattes abritent les organes du goût. Bon appétit !

Grand mars changeant male repas-david melbeck

Fausse coccinelle

Le week-end dernier, un drôle d’insecte jouait à cache-cache dans les herbes hautes. Mi coccinelle, mi scarabée voici le clytre des saules – Clytra laeviuscula pour les intimes. Sa tête semble avoir été enfoncée dans son thorax à coups de marteau et sa carapace n’est pas du tout bombée comme celle des « bêtes à bon dieu » habituelles.

Clytre des saules cache- David Melbeck

Le petit coléoptère mange des feuilles diverses dont celles de l’aubépine et du saule. La femelle pond à proximité d’une fourmilière dans des sortes de petits emballages. Les fourmis, trompées, embarquent les œufs comme elles le feraient pour n’importe quels matériaux de construction. Les parasites sont dans la place. Les larves du clytre vont alors se nourrirent aux dépens des fourmis, de leurs œufs et de leurs couvains pendant 2 ans avant de se transformer en cet insecte orangé brillant.

Clytre des saules - David Melbeck

Dytiques carnivores

Mais quel est donc cet animal qui flotte à la surface de notre mare ? Incroyable. Le dytique bordé, un des plus gros coléoptères aquatiques, prend son repas en surface. Il mesure environ 3 cm.

Dytique borde predation triton palmé-David Melbeck

Sa proie est plus grande que lui si bien que l’insecte carnassier ne parvient pas à la maintenir au fond de l’eau. Ses mandibules coupantes ont saisi un triton palmé adulte. La scène est surréaliste et terrible à la fois : le dytique découpe l’amphibien en steak !

Dytiques predation triton palmé-David Melbeck

Un autre coléoptère nageur, peut-être Colymbetes fuscus, tente de prendre part au festin. Lui aussi est un prédateur dans la mare. Tous les deux sont parfaitement adaptés à la vie aquatique. Ils stockent l’air sous leur carapace comme un plongeur avec ses bouteilles. Leurs longues pattes aplaties sont munies de poils raides. Elles servent de rames et de gouvernail. Quant au pauvre triton venu dans l’eau pour se reproduire… il a visiblement trop tardé pour reprendre sa vie terrestre.

Gonflées les grenouilles !

Des coassements retentissent au fond du verger. Quatre grenouilles vertes se livrent à d’étonnantes activités. Trois rivaux envisagent de séduire la seule femelle de la mare.

Grenouille verte sacs vocaux - David Melbeck

Malgré les apparences, ceci n’a rien à voir avec un concours de chewing-gum pour se faire remarquer par Madame.

Grenouille verte sacs vocaux face - David Melbeck

Les grenouilles chantent en gonflant leurs sacs vocaux. Un de chaque côté de la tête. La belle femelle finira par choisir un des prétendants, peut-être le plus sonore ? Les coassements nuptiaux sont entrecoupés de cris territoriaux plus brefs, comme si les batraciens prononçaient « ouuuais » à l’américaine…

Brasse grenouille verte - David Melbeck

 

Brasse coulée grenouille verte - David Melbeck

Le tout ponctué de séances de natation pour se rapprocher du voisin, l’intimider ou le défier en combat singulier tels des gladiateurs. Avec leurs grandes pattes arrières palmées et musclées, les grenouilles vertes nagent la brasse coulée à la perfection.

Gladiateurs grenouille verte - David Melbeck

Chacun défend âprement son espace vital. Certains tentent de chanter si fort qu’ils en expulsent un jet d’urine. De là à imaginer que tout ce petit monde joue à celui-qui « pisse le plus loin », il n’y a qu’un pas… Puis, pour je ne sais quelle raison, tout s’arrête. Chacun retourne dans son coin jusqu’au prochain round.

Grenouille verte mare - David Melbeck

La garde du lézard

Les fagots de branches oubliées volontairement au coin du verger depuis deux ans remplissent complétement leur rôle aujourd’hui. Un magnifique lézard des souches s’y poste régulièrement.

Lezard des souches -David Melbeck

Ses tons vert-vif ne trompent pas : c’est un mâle adulte en pleine période de reproduction. Contrairement à son cousin le lézard vert, celui-ci garde le dos marron.

Lézard des souches male repro-David Melbeck

À bien y regarder, la femelle, entièrement brune et plus camouflée, n’est pas loin. Tous les deux prennent un bain de soleil. Dans quelques jours, le couple se séparera mais pour le moment, le mâle garde jalousement sa partenaire. Pas question de laisser un autre que lui s’accoupler avec elle !

Lezard des souches femelle-David Melbeck

 

Dent-de-lion

Le pissenlit commence sa vie en faisant profil bas. Campé au ras des pâquerettes, il étale ses panneaux solaires si près du sol qu’il est difficile pour un herbivore de le brouter. Quelques jours plus tard,  le voici qui prend de l’assurance, ses feuilles dentées comme la gueule d’un lion empiètent sur la concurrence. Difficile pour les autres plantes de s’imposer au côté de cet encombrant voisin.

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Puis un matin d’avril, la prairie annonce la couleur (jaune) : le pissenlit fleurit ! Chaque œil d’or est en réalité une multitude de fleurs minuscules réunies sur un réceptacle perché au bout d’une seule tige. Autant de pistes d’atterrissage pour les abeilles et les bourdons ou de gourmandises pour les amateurs de confiture.

Drôles de têtards

Les pontes de grenouilles rousses qui sont visibles dans notre mare changent d’aspect chaque jour. Des milliers de têtards à peine éclos se rassemblent en surface.

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La gangue gluante qui les entoure forme à la fois une nourriture consistante, une excellente isolation thermique et un rempart efficace contre les prédateurs de la mare. Insectes carnassiers et tritons s’engluent dans cette masse gélatineuse sans pouvoir atteindre le cœur grouillant de larves.

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Avant de prendre leur aspect habituel — ces fameuses petites boules équipées d’une nageoire — les têtards, plus allongés, possèdent des branchies externes qui bientôt se résorberont. En les regardant à la loupe, on découvre avec surprise leurs formes étranges et leurs couleurs. Toutes ces nuances de vert, gris ou bordeaux qui varient selon les individus…

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