Cheveux de glace

Surprenante découverte hier matin en forêt d’Argonne, à Fléville : un morceau de bois mort couvert de nombreux filaments blancs soyeux, très fins et plutôt esthétiques. Une vision presque irréelle au milieu du tapis de feuilles ternes.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Ce n’est pas un étrange champignon comme je l’imaginais. Après enquête, il s’agit de cheveux de glace. Un phénomène peu courant qui prend forme tôt le matin, par temps calme, lorsque le thermomètre descend en dessous de 0°C. Le lieu aussi a son importance: uniquement sous nos latitudes, sur un sol forestier, humide mais pas encore gelé. Une dernière condition façonne cette éphémère apparition.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

En réalité, c’est bien la présence d’un champignon dans le bois en décomposition de hêtre ou de chêne qui est à l’origine de ces cristaux de glaces incroyables. L’eau, qui s’extrait des pores du bois et gèle au contact de l’air froid, contient des composés liés à l’activité du champignon (Exidiopsis effusa pour les intimes). La chevelure de glace disparaîtra rapidement après le lever du soleil.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Publicités

Mangeoire enneigée

Ce matin, une couche d’environ 15 centimètres de neige recouvre le plateau de la mangeoire. Voilà qui n’arrange pas les affaires de ces deux mésanges charbonnières.

mangeoire enneigee-mesanges charbonnieres-david melbeck

Les graines de tournesol, si riche en lipides (+ de 60 %) leur sert de carburant pour lutter contre le froid. La règle d’or : alimenter la mangeoire seulement par temps de gel ou de neige car le nourrissage systématique perturbe le comportement naturel des oiseaux.

Hibernation

Ce matin, comptage des chauves-souris dans une ancienne carrière ardennaise avec une partie de l’équipe du CENCA (Conservatoire d’espaces naturels de Champagne-Ardenne). Le site est aujourd’hui protégé. Ces inventaires annuels permettent de suivre l’état des populations. Le tout, en veillant à respecter scrupuleusement le sommeil hivernal de ces petites bêtes ultra-sensibles au dérangement. On inspecte donc brièvement la moindre fissure du souterrain.

murin a moustache - david melbeck

Comme beaucoup de chauves-souris en hibernation, ce murin à moustache pris en photo à la lueur de la lampe est recouvert de fines gouttelettes de condensation. L’humidité ambiante des cavernes évite à leurs ailes de se dessécher. Côté matériel, le flash est interdit sous peine de réveiller les chiroptères. Or, un réveil de trop en plein hiver peut leur être fatal.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Bleu, blanc, rouge…

Au cœur de l’hiver, quand la neige recouvre tout et que la famine guette, les petites troupes vagabondes de merles et de grives parviennent encore à trouver de quoi manger.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Prunelles bleues, cynorhodons écarlates, cenelles cramoisies… Dans la haie champêtre, les dernières baies, pourtant flétries, sont encore bien visibles malgré l’épais manteau blanc. Les fruits tape-à-l’œil et nourrissants des arbustes ont une forme sphérique spécialement étudiée pour être avalés tout rond par les oiseaux.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Leurs graines gastro-résistantes sont conçues pour supporter un voyage dans le système digestif de la plupart des animaux et ressortir, pas forcément pas la grande porte, mais indemnes et capables de germer. Cette étonnante stratégie de dispersion sauve bien des espèces de la disette car la chair charnue, elle, est digérée.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Vidange

Novembre. De nombreux étangs sont entièrement vidés pour être pêchés. Leur surface encore récemment scintillante a laissé la place à des étendues de vase explorées par quantité d’oiseaux. Reste généralement un petit chenal en eau où les poissons se réfugient.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

D’énormes carpes communes, dépassant un demi-mètre, laissent entrevoir leurs écailles. Plus loin, un brochet gobe de l’air dans cet environnement boueux, si pauvre en oxygène.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Pluie de coccinelles

Tiens donc ! Qu’est-ce qui nous tombe dessus en ouvrant les volets aujourd’hui ? Une foule de coccinelles semblent avoir pris leurs quartiers d’hiver dans le coin d’une fenêtre de la maison. Ce phénomène est de plus en plus fréquent ces dernières années. À bien y regarder, leurs couleurs et leurs points sont très variables, leurs taches toujours mal dessinées contrairement aux pastilles bien rondes et nettes de nos espèces habituelles. Pas de doute, ce sont des coccinelles asiatiques alias Harmonia axyridis.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Un institut de recherche dans la lutte biologique en importa en 1982. Depuis le petit coléo a envahi nos campagnes et laisse peu de place à nos coccinelles indigènes qu’elles contaminent avec un parasite mortel.

 

Fruits à gogo

Même si les guêpes prélèvent leur part en ce moment, l’abondance des fruits du verger aura été spectaculaire en Argonne ardennaise pour 2018. Pas de gel tardif au printemps cette année, contrairement à 2017, ni aucune averse dévastatrice pendant la pollinisation.

Poire et guepe-david Melbeck

Cerises, mirabelles, pommes, poires, noix et raisins sont parvenus en très grand nombre à maturité, souvent avec 3 semaines d’avance et un taux de sucre très élevé. Du jamais vu ! Côté sauvage, fourrés et buissons ne sont pas en reste à en croire les branches qui ploient sous les prunelles, cenelles, cynorhodons et autres baies joliment colorées.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

.

L’œil du sphinx

En été, beaucoup d’insectes nocturnes profitent de la chaleur crépusculaire pour sortir de leur cachette. Une lampe oubliée sur la terrasse attire rapidement des visiteurs, tous fascinés par cette source de lumière qui paraît tellement plus intense que celle des étoiles. Des teintes inattendues colorent parfois ces animaux de l’obscurité. Parmi eux, le petit sphinx de la vigne fait sensation avec sa tenue de soirée rose-vif.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Ses énormes yeux bombés semblent vous fixer. Mais à défaut de véritables pupilles, ils sont composés en réalité de 18000 ou 20000 facettes. Chacune est comme un œil miniature capable de capter la lumière, les ultraviolets, les mouvements mais aussi le rayonnement infra-rouge. Plus elles sont nombreuses, plus la vue est performante et adaptée à la faible luminosité.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Quant à savoir si notre superbe papillon perçoit la couleur éclatante de ses congénères, mystère ! Car la couleur rouge apparaîtrait plutôt noire charbon aux yeux de la plupart des sphinx.

La fleur de terre

Une délicate plante pousse entre les pieds de pomme-de-terre.  Une mauvaise herbe ? Non, dans notre potager, elle est la bienvenue. Ses feuilles vert-cendré, fines et découpées comme celles du persil, semblent sortir de terre telles des volutes de brouillard au petit matin. Voilà qui a inspiré les botanistes pour lui donner son nom de fumeterre officinale. Elle a longtemps été surnommée « fleur de terre » car on croyait qu’elle apparaissait du sol sans même provenir d’une graine. Une plante magique !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

La plante annuelle s’élance à l’assaut du monde en s’appuyant un peu sur ses voisines. Rien qui ne perturbera le bon développement de nos légumes. À l’arrière de chacune de ses étranges fleurs mauves et allongées, on remarque une petite bosse curieusement arrondie. Le coffre aux trésors ! C’est en effet ici, dans l’éperon que se cache le nectar tant recherché par les insectes pollinisateurs. Bientôt, de petits fruits en forme de boules délivreront une nouvelle génération de graines prêtes à germer quand le sol sera de nouveau remué.

Fumeterre officinal en fleur- David Melbeck

Les chaussettes du renard

Beaucoup de mammifères sauvages utilisent davantage le flair et l’ouïe plutôt que la vue. Leurs yeux n’ont pas la capacité de distinguer autant de couleurs que nous, même s’ils sont plus efficaces à faible luminosité.

renard au loin-chemin-David Melbeck

Il suffit parfois d’être habillé de vêtements aux tons neutres pour les surprendre même au beau milieu d’un chemin forestier. Debout avec un vent de face, immobile et silencieux, j’ai laissé approcher ce renard en maraude jusqu’à moins de dix mètres de moi. Le temps d’admirer ses drôles de chaussettes noires ! Puis il s’est demandé ce que j’étais… Méfiant, le goupil a fini par faire demi-tour pour emprunter un autre sentier.

Renard-chemin- David Melbeck